Budget européen : la Présidence chypriote dévoile une proposition de compromis qui ne fait pas l’unanimité
Arrivant à la fin de son mandat de Présidence du Conseil, Chypre a présenté sa version d’un compromis entre Etats, pour le budget européen 2028-2034, encore loin de faire l’unanimité.
Le 11 juin 2026, une semaine avant le Sommet européen des chefs d’Etats et de gouvernements européens, la Présidence chypriote a dévoilé sa "négobox" (ou "cadre de négociation"). Il s’agit de la première proposition chiffrée depuis la proposition de la Commission européenne (CE) en juillet 2025. La proposition contient aussi des avancées sur le rôle des régions.
La "négobox" est un document qui rassemble des éléments sur le prochain Cadre Financier Pluriannuel (CFP) – chiffres et parties de règlements sectoriels – qui nécessite des décisions politiques des dirigeants de l’UE. Il est mis à jour au fur et à mesure des discussions, mais reste modifiable en vertu du principe selon lequel "il n’y a pas d’accord tant qu’il n’y a pas d’accord sur tout".
En termes de volumes, Chypre propose une baisse générale de 2% par rapport à la proposition de la CE, amenant le CFP à 1.730 Mrds d’€ (prix 2025), soit 1,23% du revenu national brut (RNB) des Etats contre 1,26% proposé par la CE. Contrairement au Parlement européen qui souhaite une augmentation de 10% sur toutes les rubriques, hormis celle dédiée à l’administration, la baisse ne s’applique pas de manière égale.
Sur le premier pilier, Chypre propose une petite diminution de 0,5% à la ligne globale des plans de partenariat nationaux et régionaux (PPNR). Au sein de cette ligne la PAC est légèrement augmentée (0,7%). Conformément à la lettre d’Ursula von der Leyen, après juillet 2025, s’ajoute une ligne dédiée à la pêche, avec un budget doublé (de 1,7 Mrds à 3,5 Mrds). De même, est intégré le "développement rural" par un fléchage de 10% (hors PAC sanctuarisée, pêche et Fonds social climat.
Les moyens souhaités par la CE pour la "Cohésion économique, territoriale et sociale, et les communautés rurales et le tourisme", ainsi qu’Interreg sont pratiquement maintenus. Le fléchage à 14% pour des objectifs sociaux qui remplace une ligne budgétaire dédiée au Fonds social européen n’est pas remis en cause malgré les demandes du Parlement européen.
En termes de gouvernance, la négobox avance quelques propositions afin de renforcer le rôle des régions dans les PPNR. Des points qui se retrouvent plus en détails technique dans le "compromis général partiel" (voir article Les Etats membres donnent leur avis sur les Plans de partenariat nationaux et régionaux | Europe (europe-en-nouvelle-aquitaine.eu)).
C’est le nouvel instrument "Facilité de l’UE", qui regroupe plusieurs programmes gérés directement par la CE, qui est le plus l’impacté par la baisse au sein du pilier: -11,7% dont 16,4% pour le Fonds de solidarité ainsi que pour l’instrument Home (sécurité intérieure). En revanche, la réserve agricole et les programmes tels que ceux pour les villes, l’ESS, ou une partie de LIFE, eux sont stabilisés. La "réserve" ou "coussin" qui doit permettre de garder une marge de manœuvre baisse de 7,7 Mrds à 6,4 Mrds d’€.
Sur le 2ème pilier, concernant la compétitivité, la prospérité et la sécurité, la Présidence chypriote annonce vouloir baisser l’ensemble de la rubrique et presque toutes les lignes budgétaires afférentes d’environ 4%. Un choix qui atteindra le nouveau Fonds européen de compétitivité, et la recherche avec Horizon, mais aussi d’autres programmes emblématiques comme Erasmus et le Mécanisme européen d’interconnexion (MIE), mise à part la mobilité militaire.
Le 3ème pilier concernant la politique extérieure ainsi que le dernier pilier qui finance l’administration subissent également une coupe franche de 3,9%. Les instruments hors CFP d’aide à l’Ukraine, ou le mécanisme d’emprunt possible "Catalyst Europe" en cas de crise sont tous maintenus tels que proposés par la CE.
La proposition a été vivement critiquée par les pays dits "frugaux", qui préfèrent désormais être désignés comme le camp des "modernistes". Les plus extrêmes étant l’Autriche, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède. Si certains ne veulent pas dépasser les 1% du RNB, d’autres sont prêts à aller au-delà, mais en baissant les politiques dites "traditionnelles" (cohésion et PAC) en faveur des nouvelles priorités (sécurité, migration, compétitivité, défense).
L’Irlande, plutôt frugale, souhaite malgré tout une augmentation pour la PAC, et l’Allemagne un saut d’investissement pour la compétitivité. La Belgique a rejoint le camp des frugaux. La France reste au milieu et défend un budget ambitieux mais à la condition sine qua non de doter l’UE de nouvelles ressources propres. Les propositions de la CE sont majoritairement rejetées. Celles du Parlement européen, dont une taxe numérique (paris en lignes et sportifs) feraient leur chemin.
En face les "amis de la cohésion" comprenant les pays du Sud et de l’Est de l’Europe, avec à sa tête la Roumanie, se sont enfin constitués en un camp pour la cohésion, la PAC, un budget ambitieux et un rôle prépondérant des collectivités territoriales. Chypre, restée neutre pendant sa présidence, devrait les rejoindre. Reste à voir maintenant comment l’Irlande va réussir à trouver un compromis (voir article Une Présidence irlandaise sous pression des négociations budgétaires | Europe (europe-en-nouvelle-aquitaine.eu)), l’objectif affiché étant de trouver un accord fin 2026.
Le cadre de négociation du 11 juin de la présidence chypriote